Bonjour Mélanie Doutey.

Bonjour.

Vous tournez mais n’êtes pas vorace. Pourquoi avoir choisi ce film, « RTT » ?

Le personnage d’Emilie est un personnage assez formidable pour une actrice. Il est indépendant. C’est très rare, dans le cinéma français, de trouver un personnage féminin qui ne soit pas dépendant d’un mec, d’un boulot, d’une histoire d’amour qui part en sucette. Très souvent, les rôles féminins dépendent des rôles masculins. Je ne suis pas du tout féministe, mais je trouve que ce rôle est un personnage libre. Emilie est une femme libre, même si elle dépend d’un commanditaire qui lui commande un tableau. De plus, quand j’étais petite, Maurice Leblanc me faisait rêver tous les soirs avec Arsène Lupin. J’ai un peu le fantasme du voleur, sans violence bien sûr, une fascination pour ces gens qui sans violence et brutalité, sont fascinés par l’art. C’est un personnage qui me plaisait pour ces raisons là. Et j’avais très envie de retrouver Kad sur un plateau. On s’était rencontré sur « Ce soir je dors chez toi ». On s’était bien amusé. J’avais très envie de retravailler avec lui. Il me fait incroyablement rire, et j’apprécie beaucoup l’acteur. C’est un acteur de talent, honnête, spontané, sincère. C’est une belle qualité.

C’est un film d’aventure, romantique. Sur le papier, on se dit que ça va être bien. Mais finalement, les films d’aventure sont assez délicats, il faut du rythme… Ce réalisateur n’a pas signé de films très connus. Vous vous êtes embarquée dans cette aventure sans appréhension ?

On a demandé beaucoup de lectures, on a beaucoup travaillé sur le scénario avec le réalisateur. A partir du moment où on accepte de faire un film, il y a toujours un moment où on se dit : « On y va ». Mais on essaie toujours d’améliorer, et de se rencontrer à travers le travail. Faire des lectures, c’était une manière de savoir ce que lui et moi pensions. C’est une façon de se rencontrer réciproquement dans le travail. J’ai aussi fait des lectures avec Kad, afin de s’approprier les personnages, mettre plus de romance ou d’aventure ici ou là. Il faut essayer de trouver un équilibre.

Est-ce que le fait que ça se passe à Miami est intervenu dans votre choix ? C’est un peu l’aventure là bas, ce n’est pas comme en France, c’est à l’américaine ?

C’est sûr que le fait de tourner aux Etats Unis ajoute un certain cachet. Ça n’a pas du tout joué sur la décision de faire le film, c’est un argument trop maigre. Mais ce qui est très agréable avec « RTT » c’est que c’est un film très beau à voir. La notion d’esthétique est très importante. Il y a des plans magnifiques, des plans de nature avec des animaux, des oiseaux… On fait peu ou plus de comédies d’aventure. Les Américains le font très bien, « La poursuite du diamant vert », « Au revoir et à jamais »… Nous on en fait moins, et on est totalement capable de le faire.

Vous avez un personnage libre, vous formez un couple complètement atypique avec Kad Merad dans le film. Est-ce que ça vous a permis d’inventer des choses tous les deux ? On ne peut pas avoir de références pour ces rôles, elle n’est pas ordinaire, lui est un personnage tout à fait ordinaire, banal, qui est entrainé malgré lui. Ça vous a permis d’inventer des choses autour de ça ?

Avec Kad, on invente tout le temps. Kad est un acteur d’instinct. Je le répète, parce que c’est une belle qualité, il a une grande honnêteté de jeu, une sincérité de travail. Quand on est honnête, on est à l’écoute. A chaque prise, Kad réinvente parce qu’il a le souci de la vérité. C’est évident qu’à chaque nouvelle prise, on doit nous aussi se remettre en question, essayer de trouver le ton le plus juste. On n’était jamais dans une routine, ne serait-ce que par les décors, on changeait beaucoup de décors, et par l’équipe qui nous entourait. Les Américains, ce n’est pas une blague ! Chaque personne est à son poste. On avait envie de faire le meilleur film possible.

Vous venez du théâtre, vous avez appris votre métier sur les planches. Est-ce que cette expérience vous aide pour jouer au cinéma ?

Oui. J’ai fait ma formation au conservatoire national. J’ai eu la chance inouïe de travailler des textes contemporains et classiques, de l’alexandrin à la prose. Je trouve que c’est une chance incroyable. Je ne sais pas si ça aide, j’ai rencontré hier Miou- Miou et on parlait de ça justement. Miou-Miou n’a pas fait d’école mais c’est une des plus grandes actrices. On a tellement de plaisir à la voir et à la revoir ! Je ne pense pas qu’il y a LA bonne école. Ça dépend aussi de nos sensibilités ; moi, ça m’a beaucoup appris à maitriser cette langue. Les alexandrins sont souvent bien plus faciles que les mauvais textes.

Mine de rien, physiquement, ce rôle est assez dur. Vous vous êtes entrainée ?

J’ai eu un entrainement physique très intense. J’ai commencé avec un coach, ensuite j’ai eu la chance de rencontrer une championne de judo avec qui je me suis entrainée à porter des coups, des kicks… J’avais un grand plaisir à me servir des coups de pieds, c’est très agréable de taper avec le pieds, je trouve. On s’est bien entrainé. Ça aussi c’est agréable, ça amène de l’indépendance et de la force au personnage. J’aime bien ce côté un peu garçon manqué, tout en étant très féminine.

Il n’y a pas eu de souci sur le tournage ?

J’imagine que Kad vous en a parlé… On a eu une bonne plantade. On s’est bien ramassé avec Kad. A un moment, on se fait poursuivre de très près par Manu Payet, le flic, et ses deux acolytes, Pierre Laplace et Francis Renaud. J’ai fait beaucoup de choses dans le film mais je ne conduis pas l’air boat. C’est un pilote caché sous le siège qui est sensé conduire. La machine s’est un peu emballée, on a pris de la vitesse et on est entré dans un arbre. Je raconte ça certainement beaucoup moins bien que Kad, qui doit avoir le sens du drame… On s’est pris un arbre.

Un mot sur Manu Payet. C’est un garçon qu’on n’a pas beaucoup vu au cinéma. Il est formidable, je trouve.

On n’a pas beaucoup vu Manu mais c’est un tort, il faut qu’on le découvre, et vite. Ce film va l’aider, je pense. Mais il n’a pas besoin d’être aidé, c’est vraiment un bon acteur. Il a ce sens de la scène, parce qu’il vient des planches. Il a cette façon de réinventer les choses, et il est très concentré sur le plateau. Il a une vraie volonté de bien faire. Il est appliqué, mais en gardant toujours une conscience de la continuité de son personnage. Il a une vraie notion de travail, même si c’est toujours ludique. C’est un partenaire très agréable, il est drôle, met une ambiance magnifique, il est très observateur, à l’écoute des autres. Manu est un bon acteur.

Vous avez quelques projets au théâtre, vous retournez sur les planches ?

J’aimerais beaucoup. Pour l’instant, je n’ai rien de très précis. J’ai un film qui sort le 13 janvier, que j’aime beaucoup. Il s’appelle « Une petite zone de turbulences », avec Miou-Miou, Michèle Blanc et Gilles Lellouche.

Merci.

Merci à vous.

Interview réalisée par D.P pour Telleestmatélé.com