INTERVIEW – Mélanie Doutey et Lorànt Deutsch, en plein songe shakespearien
Les deux comédiens sont à l’affiche du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, transposé par le metteur en scène Nicolas Briançon, dans la folie délirante des années 70.
Propos recueillis par M-C. Nivière
Jouer un Shakespeare était pour vous un songe ?
Mélanie Doutey : Un vrai rêve ! J’avais travaillé au conservatoire la grande scène entre Démitrius et Hélèna, qu’interprètent Davy Sardou et Marie-Julie Baup. J’avais découvert le plaisir d’être relié à son partenaire. Car jouer du Shakespeare demande d’être à l’écoute de l’autre.
Lorànt Deutsch : Pour moi aussi, même si je n’ai pas été élevé avec l’idée que Shakespeare était un grand auteur. Je n’ai pas grandi avec la culture théâtrale. Ma première grande émotion, je l’ai eue en voyant à la télévision Cyrano, les versions avec Daniel Sorano, puis Depardieu et Weber… Depuis, je suis devant un coffre à jouets et cela m’émerveille !
Mélanie, cela doit être féerique de jouer Titania, la reine des fées, un rôle dont vous avez tous les charmes…
Un rôle sublime ! Quand Nicolas m’a proposé le rôle, j’y ai vu une relation avec l’imaginaire, mais ensuite je me suis rendu compte qu’il fallait aller sur le concret. Le texte est tellement poétique. C’est une histoire d’amour, un coup de colère entre deux êtres qui s’aiment, une scène de ménage. Titania est une femme libérée qui se rebelle. Qu’elle soit la reine des fées et Obéron le roi des elfes ne les empêchent pas avoir des sentiments humains.
Lorànt vous interprétez l’un des plus beaux rôles du répertoire, Puck, un p’tit gars qui vous ressemble.
Quand j’ai commencé au théâtre, j’ai eu comme camarade de jeu et comme maître, Jean Piat. Il m’a prédit que je jouerais un jour Puck. C’est vrai que ce personnage me ressemble, il parle à tort et à travers, se mêle de tout, tente de résoudre les choses… C’est un messager comme je l’ai été ; on m’envoyait parler aux filles, trouver des partenaires de foot…
Votre metteur en scène est un Obéron qui mène de main de maître la comédie…
Mélanie Doutey : Avec les grandes pièces de Shakespeare comme de Molière, on a souvent vu des metteurs en scène se mettre en avant, plaçant l’ego avant le spectacle. Ici, rien de cela, Nicolas a une vraie volonté de rendre ce spectacle populaire au sens noble du terme. Car Shakespeare est accessible à tous ! Nicolas est généreux dans son travail de mise en scène comme d’adaptation. On ne raconte que des problèmes existentiels super simples et humains !
Lorànt Deutsch : Quand la pièce tend vers la comédie, nous nous retrouvons presque dans un boulevard, avec des gens qui se disputent, se retrouvent. Sauf que cela vole très haut ! Briançon a l’intelligence de ça et sait le faire ressortir. On n’est pas loin d’une série télé avec ses rebondissements, ses quiproquos, ses manigances…
Tout va à Shakespeare même le style « Chapeau melon et bottes de cuir » ?
Lorànt Deutsch : C’est le propre des pièces intemporelles. L’imagerie très pop anglaise fait que l’on situe la pièce en pleine libération qu’ont été les années 70, et dont on porte encore les traces. Que feraient nos instincts si on les autorisait à se lâcher ?
Mélanie Doutey : Les années 70 nous parlent. Leur influence a été très forte dans la danse, la musique, la mode… Cela ne perd pas son sens car ce sont des années de mutation, sur la question féminine, mais aussi au théâtre… Les années 70 ont bouleversé les codes.
Pas de Shakespeare sans esprit de troupe ?
Mélanie Doutey : L’exigence mais aussi l’humour, les ruptures qu’il y a chez Shakespeare ne prennent leur sens que dans cette énergie de la troupe. Chaque scène a une incidence sur l’autre, un lien. Nicolas a fait une distribution si juste avec des gens tellement sympathiques.
Lorànt Deutsch : Pas de théâtre sans troupe ! C’est vrai que c’est de plus en plus rare, les finances sont resserrées alors on va vers le face-à-face, le minimalisme. Le théâtre ne se fait pas seul, et il prend toute sa saveur avec la troupe. Etre vingt sur scène, c’est le rêve !
Mélanie Doutey : Surtout dans le privé. Généralement, Shakespeare est joué dans le public parce que cela demande un gros montage et que l’art implique aujourd’hui un rapport à la finance.
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