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Infrarouge – Interview + scans
Mercredi 14 décembre 2011

Mélanie Doutey, les pieds sur scène, la tête dans les étoiles

Sur scène depuis septembre, elle triomphe dans « Songe d’une nuit d’été » aux côtés de Lorànt Deutsch. Retour sur le parcours sans faute d’une comédienne bien dans sa peau, loin des clichés de la « fashion victim » ou de la starlette. Par Hervé Prouteau.

Une vraie date clé de votre carrière ?
J’ai plus un chiffre clé qu’une date clé ! Je suis née un 22 et ça me porte bonheur. Mais si vous voulez vraiment une date importante, je crois que c’est ma rencontre avec Claude Chabrol. Je commençais et au-delà de ce qu’il représentait, il avait un amour des acteurs et du plateau ! Je n’ai pas grandi dans l’idée que tous les gens qui font du cinéma doivent avoir les cheveux sales et le teint blême pour être crédibles, mais Chabrol m’a immédiatement prouvé que le cinéma pouvait se faire dans l’amour et la gentillesse.


Avec qui vous confond-on encore parfois ?
De temps en temps, on me prend pour Audrey Tautou, surtout dans les taxis ! Je l’adore, ça me flatte, mais franchement, je ne trouve pas du tout qu’on se ressemble… c’est peut-être une déformation des rétroviseurs de taxis !

Quelle est la question qu’on vous pose un peu trop souvent ces derniers temps ?
C’est en rapport avec la pièce… Comment faites-vous pour apprendre tout ça ? ».

S’il n’y en avait qu’une seule, quelle est la qualité que l’on vous trouve ?
On me dit que j’ai un rire très particulier, et je crois que c’est vrai !

Je parlais d’une qualité, pas d’une spécificité…
Alors disons plutôt que je ne veux pas de mal aux gens, je ne me considère pas comme une guerrière ou une femelle qui « renifle » ! Ni dans le travail ni dans la vie.

Quel est le défaut que l’on vous prête à tort ?
On me croit plus idiote que je ne suis… en fait, j’ai une certaine paresse, une sorte de « timidité sociale » qui fait qu’en jouant un peu la niaise, je peux me laisser porter et vivre sans être obligée de réagir et de répondre à tout.

C’est quoi le plus compliqué devant une caméra ou sur scène ?
De l’oublier ! La caméra ou la scène. De garder ma spontanéité. Sur scène, c’est fou comme on voit et on entend tout dans la salle. Parfois, j’entends un spectateur répondre tout bas au téléphone ou même ouvrir sa boîte de Strepsil pour prendre une pastille !

A quel moment dans la « vraie vie » jouez-vous en général le plus la comédie ?
Dans les moments d’intimidation. Dans un dîner où je ne me sens pas très à l’aise par exemple, c’est ma meilleure protection.

Quel est le comédien dont vous ne pensiez pas croiser un jour le chemin ?
Geoffrey Rush, un acteur magnifique ! Qui joue notamment dans « Shine », « Pirates des Caraïbes », etc… Il m’est arrivé un truc amusant. Je ne suis pas très midinette, mais je l’adore et il y a quelques années, je vais à l’avant-première du film « Moi, Peter Sellers », dans lequel il joue. Aucun des acteurs n’était présent à cette soirée, mais le lendemain, je déjeune avec une amie au Café de la Paix, et il s’assied à la table à côté de nous. On a bavardé pendant une heure, c’était génial.

En parlant de ça, une jolie rencontre qui n’a pas encore eu lieu ?
Bon, allez, j’y vais… Je crois que je m’entendrais très bien avec les frères Cohen ! Je comprends parfaitement bien leurs films, je crois qu’on arriverait sans souci à se comprendre, qu’on serait sur la même longueur d’ondes !

Après trois mois de représentations non stop, le truc qui vous étonne encore au théâtre ?
La différence de concentration et de réaction du public. Et la nôtre aussi sur scène ! Il y a des soirs, on est super concentrés et affûtés, et d’autres où l’on est plus en pilote automatique. Je me surprends parfois, en jouant du Shakespeare, à me dire : « Au fait, faut que je pense à racheter de la Volvic demain ! »….

Un moment particulièrement loupé ? Casting, tournage, promo ?
Ce sont mes essais pour « Big Fish » ! C’est Marion Cotillard qui a eu le rôle, et elle est formidable. Pour les essais, comme je tournais au Maroc, j’ai demandé à un assistant sur le tournage de me filmer. Tout était nul ! Mon anglais était nul, le mec se prenait pour Spielberg, faisait des zooms avant, arrière et j’étais super mauvaise !

Une mode que vous ne comprenez pas ?
La mode vestimentaire en général… je ne comprends d’ailleurs pas mes copines qui peuvent faire des journées entières de shopping !

Votre définition de l’élégance ?
Elle est donc plus spirituelle que vestimentaire… Ne pas en rajouter, être soi-même, et ne pas faire sentir à l’autre qu’on a besoin de lui.

Un « beau mec » qui fait craquer toutes vos copines, sauf vous ?
Brad Pitt. C’est un très grand acteur, mais physiquement, c’est vraiment pas ma « came » !

Où ne risque-t-on vraiment pas de vous croiser ?
Aux Galeries Lafayette !

Un film que vous n’avez toujours pas vu, à votre grand regret ?
« Intouchables », mais je pense qu’il se jouera encore en mars prochain !

Une odeur qui vous réjouit ?
Le doudou de ma fille, qui pue… mais qui sent tellement bon !

Un bruit qui vous rassure ?
Le feu de cheminée.

Un superflu qui vous plait bien ?
Les premiers stades de l’ivresse quand on commence à se sentir partir.

Que dit-on de vous de peu flatteur que vous oseriez nous répéter ?
« Tu devrais faire un peu de sport »…

Un succès, une petite phrase ou un personnage en vue qui vous laisse plus que perplexe ?
Yannick Noah ! Il a de temps en temps un côté « je marche pieds nus et je vous donne des leçons » qui m’exaspère ! Et surtout un décalage entre ce qu’il a l’air d’être et les leçons qu’il donne.

Quel est le défaut typiquement masculin que vous trouvez charmant ?
Ce sens tout à fait exceptionnel de l’amitié soudaine ! Cette façon de se découvrir une amitié formidable pour un vieux pote, histoire d’échapper à une corvée ou à un truc pas très drôle. Cette petite lâcheté, appelons-la par son nom, est plutôt charmante.

Un écrivain qui vous donne envie de lire entre ses lignes ?
J’aime trop lire entre les lignes pour avoir l’explication de texte de l’auteur ! Je préfère continuer à imaginer .

Puisque c’est de circonstance, racontez-nous votre pire Noël ou nouvel an ?
Pour tout vous dire, je n’aime pas trop les fêtes… Mais ça va changer avec ma fille. Je ne suis pas fan du côté « faut que tout aille bien dans le meilleur des mondes, parce que c’est le 31 ! Alors faut s’amuser… »

> Retrouvez Mélanie Doutey dans la pièce « Le songe d’une nuit d’été » de Shakespeare, avec Lorànt Deutsch, au théâtre de la Porte Saint-Martin, jusqu’au 1er janvier.





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